Temple des Six Banians (Liurong Si) : histoire, architecture et visite à Guangzhou

Temple des Six Banians (Liurong Si) : histoire, architecture et visite à Guangzhou

17 min de lecture

À Guangzhou, au croisement de la rue Liurong et d'une histoire bouddhiste de près de quinze siècles, se dresse un édifice qui a survécu aux incendies, aux guerres et aux dynasties : le temple des Six Banians, ou Liurong Si (六榕寺) en mandarin. Sa pagode octogonale domine encore le quartier. Les fidèles y brûlent de l'encens chaque matin, comme ils le faisaient sous les Tang.

Ce lieu tient une place à part dans le bouddhisme chinois. Ni le plus grand, ni le plus spectaculaire du pays, il est pourtant l'un des plus chargés symboliquement : ses fondations remontent à la période des Royaumes du Sud, il a accueilli des reliques directement liées au Bouddha historique, et c'est un poète-fonctionnaire de génie qui lui a donné son nom actuel. Ce guide rassemble tout ce qu'il faut savoir sur le temple des Six Banians - son histoire, son architecture et sa place dans le pèlerinage bouddhiste de Guangzhou - avant d'y poser les pieds.

⭐ À retenir

  • Fondé en 537 sous la dynastie des Liang du Sud, le Liurong Si compte parmi les quatre grands temples bouddhistes de Guangzhou.
  • Son nom actuel lui vient du poète Su Dongpo, qui y admira six bananiers lors d'une visite en 1099.
  • La Pagode des Fleurs (Huata), haute de 57,6 mètres, est visible depuis plusieurs rues alentour et reste le repère visuel du temple.
  • Le temple appartient à l'école Chan (禪), branche du bouddhisme Mahâyâna dont le Zen japonais est un prolongement direct.
  • L'entrée est payante ; la tenue correcte est de rigueur ; la photographie est autorisée dans la plupart des espaces extérieurs.

Quinze siècles d'histoire : de la fondation aux dynasties modernes

Le temple est fondé en 537 sous le règne de l'empereur Wu de Liang (502-549), souverain connu pour sa dévotion bouddhiste et ses grands programmes de construction religieuse dans le sud de la Chine. À l'origine, l'édifice s'appelle Bao Zhuang Yan Si, le temple de la Précieuse Ornementé. Il est bâti pour abriter des reliques rapportées d'Inde : selon la tradition monastique locale, des cheveux du Bouddha Shakyamuni y auraient été conservés dès cette époque.

Le temple est détruit par un incendie au début de la dynastie Song du Nord. En 989, un moine nommé Jizong entreprend une reconstruction complète du site, y compris la pagode. C'est cette version reconstruite que le poète, calligraphe et haut fonctionnaire Su Shi (苏轼), connu sous le nom de Su Dongpo, visite en 1099 lors de son passage à Guangzhou. Frappé par six bananiers - souvent traduits par "banians" dans les sources françaises, d'où le nom Liurong Si en chinois - qui poussent dans la cour, il calligraphie les deux caractères 六榕 (liù róng, "six bananiers") sur un panneau. Le nom reste.

💡 Le savais-tu ?

Su Dongpo (1037-1101) est l'une des figures les plus célébrées de la littérature chinoise classique. Sa calligraphie était si réputée que ses inscriptions sur les monuments constituaient en elles-mêmes une forme de consécration culturelle. À Guangzhou, ce sont ses deux caractères tracés à l'encre qui ont donné au temple des Six Banians son identité durable, bien plus que ses différentes reconstructions architecturales. Chercher l'histoire du Liurong Si dans les sources chinoises sous l'appellation Liurong Si lishi (六榕寺历史) permet d'accéder aux chroniques dynastiques qui documentent chaque reconstruction.

Sous les Ming (1368-1644), le temple connaît une période de restauration active. La pagode est consolidée et les halls principaux reconstruits selon des canons architecturaux plus codifiés. La période Qing (1644-1912) apporte de nouvelles campagnes de rénovation, notamment après les dommages liés aux troubles de la rébellion des Taiping au milieu du XIXe siècle.

Au XXe siècle, le temple traverse la période de la République de Chine puis les premières décennies de la République populaire, durant lesquelles nombre de temples bouddhistes chinois sont fermés ou endommagés. Le Liurong Si rouvre ses portes au culte après 1978, dans le cadre de la politique de réouverture religieuse progressive. Aujourd'hui, il fonctionne comme lieu de culte actif, géré par l'Association bouddhiste de Guangzhou, et accueille simultanément pèlerins, pratiquants réguliers et visiteurs étrangers. Parmi les temples bouddhistes de Guangzhou, il est celui que les guides touristiques et les historiens du bouddhisme chinois mentionnent en premier pour la richesse de son parcours historique.

Pagode des Fleurs du temple des Six Banians, Guangzhou, neuf étages de tuiles vernissées
La Huata, ou Pagode des Fleurs : 57,6 mètres de pierre et de tuiles vernissées reconstruits sous la dynastie Song.

Architecture : la Pagode des Fleurs et les halls principaux

La silhouette qui s'impose dès l'entrée dans le quartier est celle de la Pagode des Fleurs, Huata (花塔) en mandarin. Haute de 57,6 mètres, elle compte neuf étages visibles de l'extérieur et dix-sept niveaux intérieurs. Sa forme octogonale, typique des pagodes du sud de la Chine à partir de l'époque Song, lui confère une légèreté visuelle que les pagodes carrées du nord n'ont pas. C'est ce bâtiment que les visiteurs désignent souvent par l'expression "pagode Huata de Guangzhou" dans leurs recherches, et qui constitue le symbole visuel principal du temple des Six Banians.

La structure actuelle date en grande partie de la reconstruction de 989, avec des restaurations successives sous les Ming et les Qing. Les avant-toits à double courbure, les tuiles vernissées vert et jaune, et les bas-reliefs sculptés sur chaque registre donnent à la pagode son caractère floral, qui explique son surnom populaire. À l'intérieur, un escalier en colimaçon permet de monter jusqu'aux niveaux supérieurs, selon les règles d'accès en vigueur lors de votre visite.

Détail des bas-reliefs sculptés sur les registres de la Pagode des Fleurs, temple des Six Banians
Chaque registre de la Huata livre un vocabulaire ornemental différent : lotus, nuages stylisés, animaux protecteurs.

Le plan du temple suit l'organisation classique des monastères bouddhistes chinois : une succession d'enceintes et de halls alignés sur un axe nord-sud, chacun dédié à une fonction précise.

Espace Fonction Détail notable
Porte principale Entrée solennelle, marqueur du passage entre le profane et le sacré Flanquée de deux Gardiens célestes (Heng Ha Er Jiang)
Hall des Quatre Rois Célestes Protection des quatre directions cardinales Statues polychromes des Devarāja, divinités gardiennes du Dharma
Hall principal (Daxiong Baodian) Hall de vénération central Triptyque de Bouddhas en bronze plaqué or, hauteur approximative 6 mètres
Hall des Cinq Cents Luohan Vénération des arhats (disciples accomplis du Bouddha) Rangées de statues individualisées, aucune identique
Pagode des Fleurs (Huata) Conservation de reliques, axe vertical symbolique 57,6 m, neuf étages extérieurs, dix-sept niveaux intérieurs

Statues, reliques et symbolique bouddhiste

Le cœur du hall principal abrite un triptyque de trois Bouddhas en bronze doré, représentant les Trikāya : le corps de transformation (Nirmānakāya), le corps de jouissance (Sambhogakāya) et le corps de Dharma (Dharmakāya). Cette triade, courante dans les temples du bouddhisme Mahâyâna chinois, exprime les trois dimensions de l'éveil selon cette tradition. La fonte, réalisée sous les Ming selon les sources monastiques locales, a nécessité plusieurs années de travail ; les surfaces dorées ont été restaurées à plusieurs reprises depuis lors.

À l'arrière du hall principal se trouve une statue de Guanyin (觀音), le bodhisattva de la compassion, vénéré sous une forme féminine dans le bouddhisme chinois. Contrairement à sa forme masculine originelle, Avalokitesvara, dans le bouddhisme indien et tibétain, la représentation de Guanyin a évolué progressivement vers une iconographie féminine à partir de l'époque Tang. Cette transformation est un exemple frappant d'adaptation locale du Dharma sur le sol chinois.

Statue de Bouddha en bronze doré dans le hall principal du temple bouddhiste Chan de Guangzhou
Le triptyque de Bouddhas en bronze doré du hall principal exprime les trois corps (Trikāya) de l'éveil selon le Mahâyâna.

Le Hall des Cinq Cents Luohan mérite une attention particulière. Les Luohan (羅漢, translittération du sanskrit "arhat") sont des disciples du Bouddha ayant atteint le nirvana. Dans la tradition Chan, ils occupent une place symbolique forte : chaque statue représente un maître différent, avec une physionomie, une posture et des attributs propres. Parcourir cette galerie revient à lire, en images, une partie de l'histoire de la transmission du Dharma en Asie orientale.

Hall des Cinq Cents Luohan au temple des Six Banians, statues individualisées des arhats en bronze doré
Le Hall des Cinq Cents Luohan : aucune des statues n'est identique, chacune porte les traits d'un maître de la transmission du Dharma.

Quant aux reliques évoquées dans la fondation du temple - des cheveux du Bouddha Shakyamuni, selon la tradition monastique locale - elles sont conservées dans un reliquaire enchâssé sous la pagode. Cette croyance en la présence physique de restes sacrés est commune à de nombreux monastères du bouddhisme du Nord : les stupas et pagodes chinoises en sont souvent l'enveloppe architecturale directe. Ce dispositif témoigne d'une continuité entre la tradition indienne du stupa et son interprétation architecturale chinoise dans la pagode.

Petite Statue de Bouddha
🙏 La reco de Ananda

Petite Statue de Bouddha

Les halls du Liurong Si sont peuplés de représentations sculpturales du Bouddha depuis quinze siècles ; cette petite statue en bois de cyprès sculptée à la main s'inscrit dans cette même tradition d'iconographie contemplative bouddhiste.

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L'école Chan : tradition bouddhiste du Liurong Si

Le temple des Six Banians appartient au bouddhisme Chan (禪宗), l'une des grandes écoles du Mahâyâna qui s'est développée en Chine à partir du VIe siècle. Le Chan met l'accent sur la méditation directe et l'éveil soudain plutôt que sur l'étude textuelle ou le rituel élaboré. Dans les faits, la vie monastique au Liurong Si intègre les deux dimensions : pratique contemplative et cérémonie rituelle coexistent selon le calendrier liturgique.

Guangzhou occupe une place centrale dans cette tradition. C'est en effet dans la région que le sixième patriarche du Chan, Huineng (638-713), a passé une partie de sa vie et enseigné. Son texte, le Sûtra de la Plateforme (Liuzu Tanjing, 六祖壇經), est le seul texte rédigé par un auteur chinois à avoir reçu le titre de "sûtra" dans la tradition Chan. Cette distinction considérable témoigne de l'autorité accordée à sa pensée dans le bouddhisme Chan du sud. Le temple des Six Banians, fondé deux siècles avant Huineng mais inscrit dans la même région et la même tradition, est souvent visité conjointement avec d'autres sites liés à son enseignement dans le Guangdong.

"L'esprit d'éveil n'est pas différent de l'esprit ordinaire."

Principe central de l'école Chan, tel que formulé dans la tradition du sixième patriarche Huineng (Sûtra de la Plateforme, VIIIe siècle)

Le Chan chinois est le parent direct du Zen japonais (禅, même caractère, lecture japonaise). Cette filiation explique pourquoi certains visiteurs occidentaux pratiquant le Zen se rendent au Liurong Si comme à une source historique : géographiquement et historiquement, le bouddhisme Chan du Guangdong fait partie du même courant de transmission que celui qui a traversé la mer du Japon pour devenir le Zen. La relation entre les deux traditions n'est pas qu'une analogie : les maîtres japonais du Rinzai, notamment, remontent leur lignée à des moines chinois du Guangdong et du Fujian formés dans des monastères de cette région.

Dans la pratique quotidienne au Liurong Si, la méditation assise (zuochan, 坐禪, équivalent du zazen japonais) reste centrale. Elle s'accompagne de récitations de sutras, de circumambulations rituelles autour des halls et de cérémonies ponctuelles liées au calendrier lunaire. Les moines résidents suivent un rythme monastique strict, distinct du flux des visiteurs qui traversent le temple en journée.

Robe Kesa Moine bouddhiste
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Robe d'été Kesa Bouddhiste

Dans la tradition Chan telle qu'elle est pratiquée au Liurong Si, la kesa est la robe monastique portée lors des cérémonies. Elle symbolise, selon la tradition bouddhiste, l'appartenance au Sangha et la transmission du Dharma. Cette pièce en Cambric léger est inspirée de la robe monastique classique.

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Le Liurong Si dans le pèlerinage bouddhiste de Guangzhou

Guangzhou compte plusieurs temples bouddhistes actifs, mais le Liurong Si s'impose comme le plus visité et le plus symboliquement chargé pour les amateurs d'histoire du bouddhisme. Avec le temple Guangxiao (光孝寺), le temple Hualin (华林寺) et le temple Haichuang (海幢寺), il forme le quatuor des grands temples bouddhistes de la ville. Les historiens du bouddhisme chinois désignent parfois ce groupe sous l'expression "si da conglin" (les quatre forêts monastiques), bien que les appellations varient selon les sources.

Le Guangxiao Si est souvent mentionné comme plus ancien encore. Ses origines sont généralement datées du IIIe siècle, et il est directement associé à Huineng, qui y fut tonsuré selon la tradition. Ces deux temples constituent un circuit naturel pour qui s'intéresse au bouddhisme Chan dans sa dimension historique et géographique. Ils sont distants de moins de deux kilomètres à pied, ce qui en fait une combinaison logique pour une demi-journée de visite.

Pour les fidèles locaux, le temple des Six Banians est un lieu de pratique régulière : on y vient brûler de l'encens aux dates lunaires importantes, lors des grandes fêtes bouddhistes (notamment le Vesak, célébration de la naissance, de l'éveil et du parinirvāna du Bouddha, au quatrième mois lunaire), et pour les cérémonies liées au cycle de vie. La fréquentation touristique internationale reste forte depuis les années 2000, le temple étant systématiquement référencé dans les circuits de Guangzhou sous les termes "Liurong Si", "pagode Huata" ou "temple bouddhiste Guangzhou".

Cour intérieure du temple des Six Banians à Guangzhou avec brûleur d'encens en bronze
La cour centrale du Liurong Si, lieu de rassemblement des fidèles lors des grandes fêtes du calendrier lunaire bouddhiste.

Localisation, accès et informations pratiques pour votre visite

Brûleur d'encens en bronze dans la cour du Liurong Si, temple bouddhiste de Guangzhou
L'encens brûle dès l'aube dans la cour centrale, selon un geste ininterrompu depuis l'époque Tang.

Le temple se trouve au 87 rue Liurong (六榕路), district de Yuexiu, Guangzhou (Canton), province du Guangdong. C'est l'un des quartiers les plus centraux de la ville, à quelques minutes à pied de la station de métro Gongyuanqian (公园前), sur les lignes 1 et 2 du métro de Guangzhou.

Les horaires d'ouverture habituels sont de 8h00 à 17h30, sept jours sur sept. Ces horaires peuvent varier lors des grandes fêtes bouddhistes ou des périodes de travaux. Un droit d'entrée est demandé, autour de 5 yuan par personne selon les dernières informations disponibles. Les tarifs évoluant régulièrement, une vérification auprès des sources officielles ou de l'application Baidu Maps avant votre départ reste utile.

Sur le code vestimentaire : aucune tenue liturgique n'est exigée des visiteurs non pratiquants, mais les épaules couvertes et les tenues discrètes sont de bon ton. À l'intérieur des halls de prière, circuler calmement et ne pas déranger les fidèles en méditation ou en prière relève du respect élémentaire du lieu.

La photographie est généralement autorisée dans les espaces extérieurs, la cour et aux abords de la pagode. À l'intérieur des halls de culte, elle peut être limitée ou interdite selon les espaces. Des panneaux indiquent les zones concernées. En cas de doute, vérifier auprès du personnel sur place avant de sortir votre appareil.

Élément pratique Informations
Adresse 87 rue Liurong, district de Yuexiu, Guangzhou
Accès métro Station Gongyuanqian (公园前), lignes 1 et 2
Horaires 8h00 à 17h30 (peut varier)
Entrée Environ 5 yuan (vérifier avant départ)
Tenue Épaules couvertes, tenue discrète recommandée
Photographie Autorisée en extérieur ; limitée dans les halls de culte

Le temple dans son quartier : entre dévotion et vie urbaine

Le Liurong Si n'est pas un temple musée isolé derrière des grilles. Il s'inscrit dans le tissu urbain dense du district de Yuexiu, l'un des quartiers les plus anciens de Guangzhou. Autour de lui : commerces de proximité, vendeurs d'encens et d'objets votifs, restaurants cantonais. Cette proximité du sacré et du quotidien est caractéristique des grands temples bouddhistes urbains en Chine, où la pratique religieuse ne s'est jamais totalement séparée de la vie de rue.

À quelques minutes à pied, le temple Guangxiao (光孝寺) offre un contrepoint intéressant : plus austère, moins touristique, ses cours ombragées et ses stèles inscrites parlent à ceux qui cherchent un contact plus silencieux avec la tradition Chan. Les représentations du Bouddha que l'on trouve dans ces temples témoignent d'une iconographie affinée sur des siècles d'échanges entre la Chine du Sud, l'Inde et le reste de l'Asie du Sud-Est.

Le quartier de Yuexiu abrite également le Parc Yuexiu et la Tour Zhenhai, qui permettent d'élargir la visite à l'histoire de la ville dans son ensemble. Prévoir une demi-journée minimum pour le temple seul, une journée complète si vous combinez avec les sites voisins.

Pour ceux qui souhaitent prolonger leur rapport au bouddhisme Chan au-delà de la visite, la collection de bijoux bouddhistes propose des pièces ancrées dans cette même tradition symbolique. Pour mieux comprendre les objets rituels observés dans les halls, la collection de statues bouddhistes rassemble des références aux significations documentées. Les malas tibétains constituent par ailleurs un pont concret entre la pratique contemplative du Chan et les outils de méditation utilisés dans les traditions himalayennes parentes.

Ce que la visite révèle : le Liurong Si comme palimpseste vivant

Un palimpseste est un parchemin réécrit par-dessus lui-même : on efface, on rajoute, et les couches successives finissent par former un document plus riche que n'importe lequel de ses états antérieurs. Le temple des Six Banians fonctionne exactement ainsi. La fondation de 537 n'existe plus physiquement, mais son intention - abriter des reliques, créer un espace de Dharma au sud de la Chine - structure encore le site. La reconstruction de 989 a laissé la Huata. Su Dongpo a laissé le nom. Les Ming ont laissé les proportions des halls. Les Qing ont laissé certains décors. L'Association bouddhiste d'après 1978 a restauré la pratique vivante.

Chaque couche est lisible, pour qui prend le temps de regarder. C'est précisément ce que la plupart des visites guidées rapides n'offrent pas. Une heure trente à deux heures, sans groupe, en commençant par la pagode avant l'affluence du milieu de matinée : voilà le rythme qui permet de voir le Liurong Si pour ce qu'il est réellement.

Le temple reste aussi un lieu de pratique contemporaine active, et non un musée figé. Des cérémonies s'y tiennent plusieurs fois par semaine, les moines y vivent selon un emploi du temps monastique précis, et les fidèles qui viennent brûler de l'encens ne sont pas là pour la photo. Cet entrelacement du passé dynastique et du culte présent est, en soi, une leçon sur la continuité du Dharma en contexte chinois.

🗂️ La collection

Statues Bouddhistes

Après avoir découvert l'iconographie en bronze du Liurong Si, retrouvez ici une sélection de statues bouddhistes artisanales aux significations documentées.

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Questions fréquentes sur le temple des Six Banians

Pourquoi ce temple s'appelle-t-il "des Six Banians" ?+

Le nom vient du poète Su Dongpo (Su Shi, 1037-1101), qui visita le temple en 1099 et calligraphia les caractères "六榕" (liù róng, "six bananiers") sur un panneau de bois après avoir été frappé par six arbres poussant dans la cour. La calligraphie de Su Dongpo était si réputée que cette inscription a suffi à rebaptiser durablement le lieu, effaçant son nom d'origine Bao Zhuang Yan Si.

Qu'est-ce que la Pagode des Fleurs et peut-on y monter ?+

La Pagode des Fleurs (Huata, 花塔) est la tour octogonale de 57,6 mètres qui domine le temple. Sa construction actuelle remonte en grande partie à 989, avec des restaurations sous les Ming et les Qing. Elle compte neuf étages visibles de l'extérieur et dix-sept niveaux intérieurs. L'accès intérieur dépend des règles en vigueur lors de votre visite ; renseignez-vous à l'entrée du site.

Quelle est la tradition bouddhiste du Liurong Si ?+

Le temple appartient au bouddhisme Chan (禪宗), école du Mahâyâna développée en Chine à partir du VIe siècle. Le Chan privilégie la méditation directe et l'éveil soudain. Cette même tradition est à l'origine du Zen japonais. Guangzhou et sa région sont centrales dans cette histoire : c'est là qu'a enseigné Huineng (638-713), sixième patriarche du Chan et auteur du Sûtra de la Plateforme.

Quels autres temples bouddhistes visiter à Guangzhou ?+

Le Liurong Si s'inscrit dans un quatuor de grands temples bouddhistes de Guangzhou avec le temple Guangxiao (光孝寺), le temple Hualin (华林寺) et le temple Haichuang (海幢寺). Le Guangxiao Si, dont les origines remontent au IIIe siècle, est particulièrement recommandé : il est directement lié à Huineng et se trouve à moins de deux kilomètres du Liurong Si à pied.

Y a-t-il un dress code pour visiter le temple ?+

Aucune tenue liturgique n'est imposée aux visiteurs non pratiquants, mais les épaules couvertes et les tenues discrètes sont de bon ton. À l'intérieur des halls de prière actifs, la discrétion s'impose : ne pas photographier sans vérifier les règles locales, ne pas déranger les fidèles en méditation ou en cérémonie.

Que sont les Luohan représentés dans le hall éponyme ?+

Les Luohan (羅漢) sont la translittération chinoise du terme sanskrit arhat : des disciples du Bouddha ayant atteint le nirvana. Dans la tradition Chan, ils représentent des maîtres de la transmission du Dharma à travers les générations. Le hall du Liurong Si en conserve cinq cents, chacune avec une physionomie, une posture et des attributs uniques : aucune statue n'est identique à une autre.

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